Après la disparition des grands romantiques, la poésie anglaise du XIXe siècle est tellement dominée par les deux figures impressionnantes de Tennyson et de Browning que l’on a tendance à oublier les autres, qui sont loin d’être négligeables. Parmi ces autres poètes se trouve Algernon Charles Swinburne (1837-1909), héritier des romantiques. Né l’année même de l’inauguration du long règne de Victoria, il est mort au début du XXe siècle et sa création assure le lien entre le XIXe siècle et la modernité, puisqu’il a eu une influence reconnue sur Mallarmé. Francophone et francophile, il croyait comme Théophile Gautier à l’art pour l’art, cultivait à sa façon le goût de Baudelaire pour les fleurs du mal et admirait le génie de Hugo. À l’occasion du centenaire de sa mort, les anglicistes français lui ont déjà consacré un numéro spécial de leur revue Études anglaises (avril-juin 2009), intitulé « Modernité de Swinburne », réunissant sept articles présentés par Denis Bonnecase. Avec l’aide de plusieurs spécialistes de poésie anglaise, et souvent de poésie du XIXe siècle, le même poursuit son hommage, avec des articles plus longs et deux fois plus nombreux, dans un recueil dont le titre évoque Mallarmé et son « Tombeau » d’Edgar Poe ou de Charles Baudelaire.
Les Victoriens n’imaginaient sans doute pas que Swinburne pourrait un jour mériter un tel hommage. Il n’avait rien de respectable à leurs yeux. Pour commencer, son physique étrange le marginalisait. C’était un être chétif, à la démarche nerveuse. Il avait le front hypertrophié, comme un hydrocéphale, des cheveux roux très clairs qui ne passaient pas inaperçus, une voix aux accents suraigus. Son comportement révélait une identité sexuelle hybride, androgyne, troublante. Il ne correspondait en rien aux critères de la masculinité victorienne. Sa consommation d’alcool était choquante, même p...
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