Avant La Quinzaine littéraire, ce fut Les Lettres Nouvelles. En sous-titre : « lettres, arts, spectacles, essais, mythologies ». C’est par Les Lettres Nouvelles, amené par Bernard Pingaud, que j’entrais en 1968 dans la galaxie Nadeau, pour ne plus la quitter, sauf lors de mes longs séjours à l’étranger. Je donnais au numéro 2 de la revue « nouvelle série » paraissant alors « tous les mercredis », un papier sur Les Corps étrangers de Cayrol. Maurice Nadeau ouvrait la livraison, son « Journal » les conclura plus tard.
Des étoiles jugées de petite grandeur y sont citées : Jean Nocher (qui se souvient de ce personnage ?), Aragon (Pétrarque et sa Laure), « la gentille littérature de M. Philippe Sollers ».
Des étoiles géantes. Raymond Queneau revient sur Zazie (tiré alors à 50 000 exemplaires), sur sa genèse et sa jeunesse : « D’abord j’avais mon titre : Zazie dans le métro, là-dessus Arland intitule un roman Zélie dans le désert. Fallait changer mon titre. Pas long à le trouver : Les Vacances de grand-mère. Bon. » Marek Hlasko, et, pour la bonne bouche, une Mythologie de Barthes. Le film Le Beau Serge fournit l’ouverture au texte « Cinéma droite et gauche ». On y découvre les formules barthésiennes. On s’en délecte : « le désespoir du beau Serge tient, d’une façon ou d’une autre, à la France entière, voilà le fondement d’un art vrai ».
Du Brésil je rends compte de la biennale de São Paulo, dans la rubrique Arts où m’a amené Gilles Lapouge. Les Lettres Nouvelles parcouraient tous les champs de la culture. J’ignore pourquoi La Quinzaine dut se contenter de la seule épithète de «littéraire». Peu importait. La liberté du choix des expositions, des ouvrages sur l’art était totale. On a pu nous reprocher des partis pris. Aujourd’hui encore je les assume.
La Quinzaine, comme, avant elle, Les Lettres Nouvelles, comblait, plus que toute autre revue, les lecteurs expatriés. Je manifestai ma gratitude en montant une exposition La Quinzaine littéraire dans les vitrines du hall de l’Institut français de Barcelone. Maurice Nadeau en fut surpris. Et, je crois, heureux.
L’intelligentsia catalane, y compris les artistes, venait lire La Quinzaine à la bibliothèque de l’Institut. Tàpies eut plaisir à voir Nadeau accepter de publier dans La Quinzaine de décembre 1968 de larges extraits d’un article de lui, « Sommes-nous tous des monstres ? ». Aujourd’hui, dans toutes les rééditions de La Pratique de l’art, publiée chez Gallimard, est rappelée cette prépublication dans La Quinzaine.
Pour les numéros anniversaire, les artistes ont mis leur talent au service de la revue : Tàpies, Alechinsky, Adami, et maintenant Monory ont composé de superbes pages de couverture. Une belle anthologie artistique pour La Quinzaine littéraire.
Il y eut aussi, de la part des artistes, un grand mouvement de générosité, quand La Quinzaine traversa une passe particulièrement difficile. Je ne saurais énumérer tous les artistes – parmi les plus grands, les plus « cotés » – qui furent vendus aux enchères dans les salles de la Galerie Jeanne Bucher. Je crois cependant pouvoir rappeler qu’alors Miró sauva La Quinzaine. La Quinzaine littéraire et artistique. Fidèle ainsi à la pensée de Miró : « Je ne fais aucune différence entre peinture et poésie. »
Georges Raillard
Commentaires (identifiez-vous pour commenter)